A Nantes, les mauvaises herbes ont un nom

L’histoire a commencé comme ça…

Quelques photos postées sur un mur F* et un commentaire : « dans mon quartier quelqu’un a redonné leur nom aux herbes sauvages des rues ».

L’histoire aurait pu en rester là. Mais l’initiative a plu et les photos (que leur auteur Luc Douillard m’a gentiment autorisé à utiliser) ont circulé.


Il faut dire que l’idée est bonne. Redonner un nom à ces plantes que l’on croise tous les jours, que l’on piétine même parfois, ou qui sont accusées de ne pas « faire propre » au coin des trottoirs. Tout de suite le regard change et c’est tout content que l’on reconnait la même espèce un peu plus loin.

Mais une question demeurait. Qui ? Quel botaniste passionné, amateur ou professionnel, égraine sur les trottoirs nantais les noms de Bourse à Pasteur, Ruine de Rome, Herbe aux mamelles ?

Et bien tout le monde, vous qui passez par-là, des inconnus, des gens de tous les jours et même, peut-être même surtout des gens qui n’y connaissent rien en botanique.
Etrange ? Pas tant que ça, car ils ont un point commun : ils ont tous rencontré Frédérique Soulard et sa BELLE (comprendre « Boite Écritoire, Lecture Légende en Excursion »).
Ils ont dégusté une infusion en sa compagnie et elle leur a révélé le nom la plante cachée dans leur tasse. Ensuite un petit coup de pochoir et hop ! Une plante de plus avec un nom sur le trottoir. Tout simplement !

Jolie histoire non ? Il faut dire qu’en histoire Frédérique s’y connait, elle est conteuse.

Pour en savoir un peu plus, il suffit d’aller faire un tour par ici, et pour avoir vraiment tous les détails : c’est par là !

Photos : Luc Douillard

LE MYSTERE DES HERBORISTES

Il est difficile de passer quelques jours à Marrakech et en particulier dans les souks sans s’arrêter dans une herboristerie. On les prend d’abord pour des boutiques d’épices au vu des étals colorés. Mais tôt ou tard on succombe au « Bonjour la Gazelle, tu sais ce que c’est ça ? » et on s’aperçoit alors qu’il y a plein de choses plus ou moins identifiées à côté des épices. Ça devient alors passionnant de s’arrêter boire un thé pour « casser la fatigue » et de découvrir un produit puis l’autre. D’autant plus que les marocains sont rarement avares d’explications et toujours prêts à discuter et échanger un peu.
extérieur
Notre première rencontre avec un herboriste s’est faite par l’intermédiaire d’un marchand de babouches qui, nous ayant entrainé dans les rues enchevêtrées du souk, nous laissa « juste pour l’œil » entre les mains de son frère, dans une herboristerie « contrôlée par les services sanitaires ». Au final nous discuterons avec près d’une vingtaine d’herboristes (ou du moins vendeurs en herboristerie) en 2 jours.

Murs blancs recouverts de petites étagères remplis de bocaux. Pigments pour les teintures, plantes médicinales, plantes et matériaux utilisés pour la toilette et la beauté ainsi que les épices sont les principaux éléments que l’on retrouve dans une herboristerie de Marrakech et surement d’ailleurs au Maroc.

étagères et bocaux

La visite commence pratiquement toujours par un « est-ce que tu sais ce que c’est… » ou par un « donne-moi ta main » commence alors une série de questions-réponses avec explications sur les différents produits et l’étalage de diverses choses odorantes sur les mains. Le nez se perd un peu, on hésite mais au bout de deux jours nous devenons assez fortes au jeu des devinettes.

Ecorce de racine de noyer
– Qu’est-ce que c’est ça ?
– De l’écorce de racine de noyer, pour se nettoyer les dents.

Cure dent

 

– Et ça ?
– Une plante proche du fenouil, on s’en sert comme cure-dent.

 

rouge à lèvre

– Et ça ?
– Du rouge à lèvres et fard à joue traditionnel fabriqué à base de poudre de coquelicot.

 

 

Les échanges se font dans la bonne humeur et chaque herboriste s’adonne au jeu jusqu’à nous coller. Nous pouvons alors passer chez le suivant avec une nouvelle réponse.

graines aromatique de la nigelle
– Et ça ? Tu sais ce que c’est ?
– Des graines de Nigelle. On les met dans un tissu ou une gaze que l’on frotte sur la main avant de respirer pour déboucher le nez.

Ce qui nous donne plus de mal, c’est de reconnaitre, à l’odeur, les herbes séchées. Thé à la menthe, thé, menthe citronnée et autres mélanges… Très vite, tout sent la menthe. Sans compter que bien souvent nous avons déjà sur les mains de l’eau de rose, de jasmin ou d’oranger, de l’argile et que nous venons de gouter la cocaïne marocaine*.
Mais ce qui va devenir un véritable casse-tête au cours de ces trois jours ça va être de comprendre ce que c’est CA :

pierre parfumée à l'ambre ou au musc

Il suffit de demander ? Même pas besoin, du moins pour le principal. Ce « machin » fait partie des trucs favoris que les herboristes vous font sentir et vous mettent sur les mains. Ça peut servir de parfum en le frottant directement sur la peau ou alors à parfumer le linge en le plaçant dans les armoires. Il en existe plusieurs sortes dont les plus courants sont le musc et l’ambre.

Mais tout cela ne nous dit pas ce que c’est exactement ni comment c’est fait. Commence alors une longue enquête dont la principale question est « comment c’est fait ?»
Et là les réponses sont variables et parfois inattendues il faut bien le reconnaitre, mais la barrière de la langue n’y est certainement pas pour rien. Au final le musc proviendrait de glandes de la gazelle et l’ambre… cela viendrait (ou serait???!!!) un poisson proche de la baleine, de couleur noire.
Quant au mode de fabrication de ces espèces de pierres cela reste une énigme. L’enquête est donc loin d’être close et le mystère des herboristes reste entier…

*Cocaïne marocaine. Pas d’inquiétude sur ce dernier point, il s’agit d’une préparation à base d’eucalyptus sous forme de petits cristaux que l’on peut mettre dans de l’eau chaude afin de réaliser des inhalations en cas de rhume ou autre.

Les photos des herboristeries sont tirées des sites suivant Tinou’s world photos.grooky.com et pressvoyage

Confiture de saison : confiture de cynorhodons

Rosier sauvage

C’est l’automne et le rouge commence à faire son entrée dans les paysages. Rouge, c’est la couleur du fruit du rosier sauvage (Rosa sp) : le cynorhodon. Ce dernier est peut-être plus connu sous le nom de gratte-cul, nom qu’il doit aux nombreux poils qui recouvrent ses graines et dont on vous laissera deviner l’effet, si vous les avalez.

Poils de cyno

L’enjeu est donc de récupérer la pulpe du cynorhodon et d’éliminer graines et poils. Si quand on souhaite grignoter le cyno en bord de chemin, mieux vaut le choisir mou mais pour la confiture c’est plus facile si ils sont encore ferme.

Cynorhodons entiers

 Commencer par enlever l’extrémité noire.

Puis fendre chaque fruit en deux et à l’aide de la pointe d’un couteau et bien gratter l’intérieur pour éliminer les graines (d’où l’intérêt d’avoir une chaire ferme).

Mettre les fruits dans un saladier et les recouvrir d’eau. Mélanger un peu. Il est alors possible de récupérer à l’aide d’un chinois les poils qui restent en surface.

Mettre les fruits dans une passoire et les rincer encore une fois à l’eau courante.

Faire cuire les fruits dans un volume d’eau dépassant les fruits d’environ une phalange jusqu’à amollissement de la pulpe.

Mixer les fruits dans leur eau de cuisson et passer le mélange obtenu au chinois ou dans une passoire à grille métallique. Si besoin rajouter un peu d’eau.

Vous devriez obtenir un coulis rouge plus visqueux que de l’eau, si ce n’est pas le cas faites chauffer légèrement pour faire évaporer l’eau.

Peser la pulpe obtenue lors de l’étape précédente

Y ajouter le même poids de sucre (un peu moins si votre préparation est très liquide)

Porter doucement à ébullition.

Laisser ensuite cuire environ 15mn avant remplir vos pots en verre préalablement ébouillantés.

  Il faut compter environ une heure pour nettoyer un peu plus de 100g de fruits et 100g de fruits entiers pour obtenir 125g de confiture. C’est donc assez long à faire mais le résultat en vaut la peine : Une magnifique confiture rouge, un goût original et une forte teneur en vitamine C qui résiste à la cuisson du fruit.

confiture

Des beignets oui, mais de plantain!

Le plantain tout le monde en a déjà vu. Ça pousse partout au bord des chemins et dans les lieux piétinés (pas sur le goudron évidemment). Il en existe environ 200 espèces (genre Plantago) à travers le monde et ses usages sont multiples.

Vous vous êtes frottés de trop près aux orties ? Une guêpe ou autre vous a piqué ? Pas de panique ! Il suffit de déchirer une feuille de plantain et de la frotter sur la brûlure ou la piqûre et la douleur reflue quasi instantanément.

Vous voulez varier les goûts dans votre salade ? Ajoutez-y quelques feuilles de plantain ciselées. Vous voulez donner un léger goût de champignon à votre soupe, quiche ou autre ? Mettez-y du plantain !

Vous voulez faire un apéritif original ? Faites des beignets de plantain !
Celui-ci,
Une espèce de plantain courante en France
c’est Plantago major : le grand plantain. On l’utilise préférentiellement pour les beignets car le rendu est moins amer qu’avec le plantain lancéolé (Plantago lanceolata) par exemple.

La partie à utiliser est la hampe florale. On choisi de préférence des hampes encore en fleurs ou alors en jeunes fruits. Plus la hampe florale est grande plus le centre risque d’être un peu coriace. Mais ce n’est pas bien grave ce sera juste un peu moins élégant à manger !

La préparation est simple : on trempe les inflorescences dans une pâte à beignet (œuf, farine, lait et sel) avant de les faire frire à l’huile dans une poêle.

Et voilà le résultat
Les beignets de plantain

Bon appétit!

Intox : Les plantes médicinales bientôt interdites dans L’UE

Depuis quelques temps une pétition circule sur le web contre l’interdiction des plantes médicinales dans l’UE.

Le hic ?

Il n’y a pas d’interdiction de prévue.

Cette pétition accompagnée d’un texte ou d’une vidéo (actuellement retirée du web) s’élève contre la directive 2004/24/CE sur les médicaments à base de plantes qui est en passe d’être retranscrite en France.

Les auteurs s’appuient sur les soit-disant témoignages de personnalités du milieu, dont Thierry Thevenin membre du syndicat des simples.

Celui-ci ne souhaite pourtant pas signer la pétition reconnaissant que le problème soulevé est intéressant mais le texte mensongé et adoptant des raccourcis d’une rigueur peu scientifique.

Pour en savoir plus sur le sujet voici la critique émise par monsieur Thevenin ainsi que l‘avis de Jaques Fleurentin ethnobotaniste à l’origine de la société française d’éthnopharmacologie.

Une plante toxique qui se mange ou la phytolaque

Un peu d’ethnobotanique

planche phytolaqueMa première rencontre avec la phytolaque date presque d’une dizaine d’année. Je l’avais croisée sur un trottoir, le long d’un lampadaire. J’étais avec une amie qui me l’avais présentée comme toxique et vivant en terrain anthropisé.

Il avait suffit de quelques clics pour confirmer l’info : La Phytolaque ou raisin d’Amérique (Phytolacca americana L.). Fruits toxiques, feuilles toxiques, plante toxique, effets digestifs et neurologiques pouvant être mortels dans les six heures selon la quantité ingérée.

la phytolaque dans un abatti

Aussi, c’est un peu surprise que je redécouvris cette plante, quelques années plus tard, dans un abattis aux environs de Kourou (Guyane française). Elle me fut présentée comme des épinards, utilisés notamment dans le bouillon d’Awara, le plat guyanais par excellence.

 

Ce n’est qu’après avoir parcouru quelques dizaines de bouquins que j’ai finalement trouvé la phrase suivante :  » Certains rapportent que les jeunes feuilles de la phytolaque seraient utilisées par certaines populations d’Amérique du sud en tant qu’épinards. »

Alors, on se la mange cette phytolaque ?

Personnellement je n’ai encore jamais testé. Les molécules contenues dans la plante pouvant varier selon la nature du sol et le climat, j’avoue que j’hésite un peu. Mais si certains d’entre vous la mange n’hésitez pas à le signaler! En attendant en voici un peu plus.

Origine et répartition

Le raisin d’Amérique, Phytolacca americana est une plante originaire d’Amérique du nord qui a été introduite en Amérique du sud, en Afrique, en Europe et en Asie.
Elle est aujourd’hui parfois considérée comme envahissante dans certaines régions, notamment en France, ou des campagnes d’arrachage ont régulièrement lieux dans la forêt de Fontainebleau.

Incitation à l'arrachage de la phytolaque

Propriétés

La chimie du raisin d’Amérique est très étudiée. Celui-ci possède de nombreuses molécules (saponines dont phytolaccosides et esculentosides) qui lui confèrent des propriétés anti-inflammatoires et de résistance aux modifications génétiques induites par Agrobactérium tumefaciens[i].
La phytolaque contient également des molécules favorisant la division cellulaire (molécules mitogènes) et renforçant le système immunitaire. De nombreuses recherches sont de ce fait menées afin de définir si ces molécules ne pourraient pas être utilisées dans un traitement contre le cancer.
De plus le raisin d’Amérique renferme de nombreuses protéines antivirales (PAP pour protéine antivirale de la phytolaque) efficaces contre différents virus végétaux et animaux dont le virus de l’immunodéficience humaine (VIH).
Enfin la phytolaque pourrait avoir, entres autres, des propriétés antifongiques et molluscicides.

Usages

De nombreuses populations utilisent la phytolaque dans le traitement de divers symptômes dont quelques uns sont présentés ici.
A l’île de la Réunion et à l’île Maurice, la poudre de racine est appliquée sur les hémorroïdes, tandis qu’en Europe et aux États-Unis elle est utilisée en cataplasme pour lutter contre le cancer.
Au Cap Vert les fruits,après élimination des substances toxiques sont utilisés comme colorant alimentaires, tandis que l’extrait de racine est utilisé en Afrique de sud pour traiter les infections pulmonaires.
Les jeunes pousses, une fois bien cuites, sont utilisées comme légume dans les îles citées précédemment.

MAIS ATTENTION : De manière générale toutes les parties de la plante, en particulier la racine, consommées fraîches et en trop grande quantité sont toxiques. L’empoisonnement se traduit par une sensation de brûlure de la bouche et de la gorge, une forte salivation,une forte irritation de l’estomac, des vomissements, des diarrhées sanglantes ainsi que spasmes et convulsions pouvant entraîner la mort.

[i]Agrobacterium tumefaciens est une bactérie dont les gènes de résistances sont couramment utilisés en génie génétique pour la réalisation d’organismes génétiquement modifiés

Sources principales :

G.H.Schmelzer, A. Gurib-Fakim (2006). Plantesmedicinales, Volume 11 p494-497.

Entretien réalisé en Guyane française en juin 2010 par Nadège D et … dans le cadre d’une étude sur la diversité biologique et culturelle des marchés de fruits et légumes guyanais.